arts
Musique

Les instruments de musique
Le Mali a été très longtemps l’affaire d’un vaste phénomène de caste, et l’est toujours. Et qui parle de caste aborde nécessairement le sujet incontournable des griots, se concentrant essentiellement sur la musique traditionnelle.
Ces griots maîtres de la parole font vibrer leur public et leurs admirateurs au son d’instruments à cordes et de percussions, comme la Kora, le N’Goni (type de guitare à six cordes), le Balafon, une forme traditionnelle de piano ou encore le fameux Tam-Tam…
Mondialisation oblige, la musique malienne subit diverses influences : plusieurs musiciens, lors de concerts ou de cérémonies, mélangent instruments traditionnels et modernes, en mixant par exemple des vibrations de guitare électrique et de kora.

Le phénomène « Balani »
Ces soirées se déroulent en général les samedis dans les coins de rue des quartiers populaires. A la base, ce sont des animations de balafons de quartiers organisées par les jeunes filles des concessions du voisinage. Le Balani se voit détrôné de plus en plus par les soirées plus modernes animées par des DJ. Les soirées Balani, gratuites, sont des endroits de référence pour vous distraire et rencontrer les personnes de votre voisinage.

Le « Djeliya » ou griotisme
Le terme malinké Djéliya, signifiant « transmission par le sang », désigne le griotisme, la science dont est pourvue le griot, conteur-artiste, réservé à un groupe d'hommes et de femmes unis par les liens du sang.
Ne devient pas griot qui veut : l'apprentissage se fait auprès d'un maître qui transmet la connaissance et le savoir. Devenir griot, c’est avant tout une histoire de famille, la transmission des préceptes se faisant de père en fils, et de mère en fille. Aujourd'hui, des griots de toutes origines se rencontrent lors d’occasions spéciales, comme les cérémonies de Sumu (sorte de concerts-hommage), les mariages ou les baptêmes.

Phénomène du Sumu à Bamako
Le Sumu représente un genre de cérémonie très populaire au Mali, dans laquelle un lien direct est établi entre les griots et leurs « diatigui », c'est-à-dire les personnes auxquelles ils font les louanges et dont ils vantent les mérites (des invités d’honneur, en quelque sorte). Le Sumu peut aller de la simple célébration en famille ou entre amis, à la grande manifestation retransmise à la radio et à la télévision. Le plus impressionnant, ce sont les parures traditionnelles et les accessoires et bijoux qu’arborent les personnes assistant à une fête du Sumu. Les femmes sont plus fréquentes à ce type de célébration que les hommes, car c’est avant tout un moment de détente et de plaisir, mêlant esprit de festivité et tradition.


Les grands griots et artistes du Mali

L’Ensemble Instrumental du Mali
Ecole de l'excellence et symbole de l'unité artistique et culturelle, l'Ensemble instrumental national est un groupe musical considéré comme le monument de la musique malienne. Le groupe a longtemps été le passage obligé vers une carrière artistique pour de nombreux grands artistes maliens comme Sidiki Diabaté, Batourou Sékou Kouyaté, Fanta Damba Koroba, Waldé Damba, Kandia Kouyaté, Amy Koïta ou encore Tata Bambo Kouyaté. 
L’Ensemble Instrumental a été la première formation créée, en 1961, par le premier président Modibo Kéita, père de l'indépendance du Mali, dont l’ambition était de mettre en valeur l'extraordinaire patrimoine culturel du pays. Comme l’explique Massambou Wélé Diallo, directeur artistique du groupe, l'Ensemble a pour mission principale de prospecter, répertorier et mettre en valeur l'héritage prodigieux du Mali dans le domaine de la musique et de la chanson. 

Kandia Kouyaté
Elle est considérée comme l'une des plus grandes chanteuses du Mali et révérée dans toute l'Afrique de l'ouest. Le style musicale de cette cantatrice reste très différent et bien plus riche dans la texture de sa voix que la plupart des chanteuses griotes du Mali. Son point fort, c’est la chanson de louange, un classique du Mandé. Lors de ces concerts, elle se lance souvent dans de surprenantes improvisations. On la surnomme la  « dangereuse », en raison de la plénitude et de l’intensité de sa voix, absolument unique au Mali.
Dans les années 80, elle révolutionne le cercle conservateur des griots du Mali, en utilisant le style éthéré des chœurs féminins, qui devient alors la marque déposée de la musique du Mandé.

Amy Koita
Issue d’une famille de griots du Mandé profond et élevée dans la pure tradition du griotisme, Amy Koita a su moderniser cet aspect traditionnel de son héritage en alliant acoustique et chants de base. Formée et ayant évolué au sein de l’Ensemble Instrumental du Mali, elle vole plus tard de ses propres ailes et s’impose comme diva sur de grandes scènes mondiales.

Babani Koné
Originaire de Ségou, Babani Koné s’est établie par la suite à Bamako. Elle fait partie de la jeune génération de Djélis (griotes) adulée par le public féminin. Fatoumata Koné, de son vrai nom, fait ses premières apparitions dans la catégorie féminine de l’émission « Les Etoiles du Mali » (« Top Etoiles », aujourd’hui), et signe ensuite plusieurs albums à succès, dont Sanou Djala, en 1996, et Barika, un hommage à l’épouse malienne. Véritable phénomène de mode, elle incarne la femme malienne moderne, ancrée dans la tradition et résolument tournée vers l’avenir.
 
Le couple Amadou et Mariam
Tous deux nés à Bamako, ils se rencontrent en 1975 à l'Institut des jeunes aveugles de Bamako, et ne tardent pas à former un couple à la scène comme dans la vie dans le début des années 1980. Leur tube « Dimanche à Bamako », évoque les couleurs de la vie dans la capitale malienne, marquée ce jour-là par des cérémonies de mariages, dans lesquelles les griots animent les grandes festivités des quartiers.
Avec un succès retentissant que connaissent les titres comme "Se Te Djon Ye", " Sou Ni Tile", "Tjé Ni Mousso", "Wati  Je pense à toi", Amadou et Mariam deviennent de véritables conquérants de la scène musicale mondiale, et  sont pressentis en 2006 pour interpréter le titre Zeit, dass sich was dreht, hymne officiel de la Coupe du Monde, en compagnie du chanteur allemand Herbert Grönemeyer.

Oumou Sangaré
Elle est l’icône de la musique Wassoulou, une référence en musique malienne traditionnelle et moderne. Sa musique se démarque par sa production d’instruments comme le « soku », une sorte de violon moderne jamais encore utilisée par une formation wassoulou, le « fle » (calebasse) comme instrument de percussion, le tambour djembé, le karignan (grattoir en métal) ou encore le kamalen n'goni (littéralement, « harpe des jeunes hommes »). Avec son album Moussolou’, rendant hommage aux femmes, et devenu un classique de la pop africaine moderne, Oumou Sangaré est parvenue à révolutionner la manière d’enregistrer et de produire la musique africaine, à l’aide de sonorités magnifiquement claires et rares, reposant sur des instruments traditionnels, et en général acoustiques.

Habib Koité
Son toucher de guitare est un modèle de fluidité virtuose et délicate. Lauréat du concours Découvertes de RFI en 1993, cet ancien professeur de l’Institut National des Arts de Bamako a rallié une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest à sa cause musicale, fédérant plusieurs traditions musicales du Mali. Son titre « Cigarette A Bana » (littéralement, « La cigarette, c’est fini ») a été un franc succès dans les années 1990. Habib Koité est aujourd’hui un acteur incontestable de la  World-Music.

Ali Farka Touré
Il a remporté la plus grande distinction qu’un artiste africain n’ait jamais obtenu aux Etats-Unis. Le guitariste et bluesman Aly Farka Touré, décédé en 2006, a enflammé les plus grandes scènes mondiales. Il découvre la guitare en 1956, lors d'un concert du grand guitariste guinéen Keito Fodeba. Dans les années 1960, Aly Farka compose, chante et joue dans la « Troupe 117 », l'une des formations créées par le gouvernement, au lendemain de l'indépendance du Mali. En 1987, il donne son premier concert en Angleterre et enregistre un premier album pour le label de musique World Circuit. Il enchaîne les années suivantes les tournées en Europe, au Japon et aux Etats-Unis. Entre 1989 et 1993, il enregistre trois albums, dont  « The river », « The source » et « Talking Timbuktu », qui remporte un Grammy Award.
En 2004, il débute son travail sur un projet d’album solo et sollicite le joueur de kora Toumani Diabaté pour un titre. L’accord entre les deux hommes est si évident qu’il en résulte un album entier « In the Heart of the Moon », qui obtient un Grammy Award, quelques semaines avant la disparition d’Ali Farka Touré en mars 2006.

Toumani Diabaté
Né en 1965 à Bamako, ce musicien est considéré comme l’un des plus grands joueurs de kora et reconnu à travers toute l’Afrique de l'Ouest. À 13 ans, il participe à la Biennale du Mali avec l’Ensemble de Koulikoro qui remporte le prix du meilleur orchestre traditionnel. Il rejoint alors l’Ensemble national du Mali. Toumani Diabaté a joué notamment avec Ballaké Sissoko, un autre grand maître de la kora, Taj Mahal, ainsi qu’avec Ali Farka Touré, avec qui il produit en 2005 l’album « In the heart of the moon ». Cet album obtient le Grammy Awards du meilleur album traditionnel de musique du monde en 2006.

Rokia Traoré
Fille d'un diplomate malien qui, au gré de ses nominations, a passé sa vie entre les Etats-Unis, l'Europe et le Moyen-Orient, Rokia Traoré, après ses études à Bruxelles, débute dans le monde de la musique en faisant partie d’un groupe de rap, avant de décider d'aller se ressourcer au Mali pour mettre en forme la musique qu'elle sent en elle. Elle se met alors en quête de musiciens capables de la soutenir dans son désir de composer des chansons résolument modernes interprétées dans des orchestrations mêlant guitare acoustique, n'goni et balafon. Le succès est finalement au rendez-vous, mais pas au Mali. En Europe, où elle est saluée comme la Révélation africaine de l'année en 1997, après son passage au festival des Musiques Métissées d'Angoulême, les contrats avec des maisons de disques et des invitations dans les festivals du monde entier finissent par pleuvoir

 

Portraits d'artistes

Un photographe réputé de la place : Malick  Sidibé
Malick Sidibé est né dans une famille Peulh vers 1935, dans un petit village du Mali. Après des études à l'Ecole des Artisans Soudanais à Bamako, d'où il sort avec un diplôme d'artisan - bijoutier, Malick Sidibé a été révélé au monde de la photographie aux premières Rencontres Internationales de Bamako en 1994, puis à la Fondation Cartier, à Paris, en 1995.
Pour lui, la photo est la meilleure façon de vivre longtemps après la mort. La représentation artistique du visage de l’être humain est tout ce qu’il y a de plus authentique, et la photo demeure la référence pour ce qui est de perpétuer l'image.
Tout en croyant au pouvoir de l'image, Malick Sidibé voit également dans son art une manière de parler de l'Afrique autrement, en exposant au grand jour ses qualités et ses richesses.")

Un peintre de renom : Abdoulaye Konaté
Il est l’un des artistes les plus marquants de la création contemporaine malienne. Après une formation artistique à l'Institut National des Arts (INA) à Bamako ainsi qu’à l'Institut Supérieur des Arts de la Havane, à Cuba, Abdoulaye Konaté travaille au Musée National du Mali comme graphiste et se consacre parallèlement à la peinture.
Ses premières œuvres sont marquées par sa formation, mais très vite, il s'en détache car sa sensibilité discrète mais profonde le conduit à l'observation de ce qui l'entoure. Actuellement peintre au Musée national du Mali à Bamako, Abdoulaye Konaté est membre de l'Association Nationale des artistes du Mali.")

Aminata Dramane Traoré : femme de culture et artiste engagée
Cette psychosociologue et ex-ministre de la Culture et du Tourisme au Mali n’a pas la langue dans sa poche. En 1999, Aminata Traoré publie « L’Etau », aux éditions Actes Sud :un essai politique où elle dénonce, «  à coups de douleurs, de larmes et de pourquoi », une mondialisation synonyme de négation et de répression pour l’Afrique. Aminata Traoré refuse le silence. Elle se consacre entièrement à l’art et à la culture de son pays, avec l’ouverture de son restaurant réputé dans la capitale, « Le San Toro ». Elle organise il y a quelques années le premier Sommet Social au Mali, pour lequel près de 250 organisations non gouvernementales africaines se donnent rendez-vous. Elle est aussi à la base de l’initiative de Missira, un quartier de Bamako où elle initie la population au pavage des rues. Une immense réussite pour cette artiste engagée qui croit qu’un autre Mali est possible malgré la pauvreté ambiante de la population.

 

Cinéma

Certes, le septième art malien est plus hésitant et moins reconnu mondialement que ses voisins sénégalais, burkinabé ou encore ivoirien. Mais les réalisations émergentes, l’esprit de création et les découvertes de nouveaux talents lui promettent un avenir encourageant.
L’aspect particulier du cinéma africain réside notamment dans sa manière de présenter les personnages de fiction, dans la technique de son récit et du déroulement de l’action. Humour et poésie sont bien présents, sans oublier l’accent particulier mis sur les thèmes de la nature, du sacré et de la tradition orale, coutumes obligent.

Quelques grands noms du cinéma malien

Adama Drabo
Niéba, la journée d’une paysanne (1988)
Ta Dona (1991), Lion d’or au Festival International du Film de Locarno et au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO).
Taafé Fanga (1997), récompensé à Cannes, Tokyo, Ouagadougou et Namur.

Souleymane Cissé
Cinq jours d’une vie (1971), primé au Festival de Carthage
Baara (1978), prix de l'Étalon de Yennenga au FESPACO
Finyè (1982), nominé au Festival de Cannes
1983 : Souleymane Cissé fait partie du jury à Cannes
Yeleen (1987), prix Spécial du Jury à Cannes

Cheick Oumar Sissoko
Finzan (1989)
Guimba, un tyran, une époque (1995), primé au Festival de Locarno et au FESPACO
La Génèse (1999)
Battù (2000), prix RFI Cinéma du Public

Abdoulaye Ascofaré
Welcome (1981)
M’sieur Fane (1983)
L’Hôte (1984)
Sonatam, un quart de siècle (1990)
Faraw, une mère des sables (1997), prix « Bayard d’or Création Artistique » du Festival de Namur

Le Cinéma Numérique Ambulant
Depuis 2001, le Cinéma Numérique Ambulant (CNA) organise des projections sur écran géant dans des villages et dans des quartiers défavorisés du pays, et ailleurs en Afrique de l’Ouest, notamment au Bénin, au Burkina Faso et au Niger. Pendant deux heures, le CNA diffuse pour un public populaire séduit, voire conquis, toutes sortes de films ou de diaporamas, courts-métrages, longs-métrages, documentaires, fictions et  travaux de photographes.
À l’occasion de ces séances de cinéma, les équipes du CNA réalisent, avec les moyens du bord, des photos et des petits films sur l’arrivée du public, le montage du matériel et le début de la projection.
Ce sont ces instants magiques qui ont conduit le CNA à imaginer les projets « 25 quartiers de Bamako, 5 femmes photographes » pour la biennale 2005, ainsi que « Portraits décalés », organisé dans le cadre de la biennale 2007.

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